La population du Sud de Madagascar en exode à cause de la famine
- Francisco R.

- 13 janv. 2021
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 janv. 2021
Le PAM ou Programme Alimentaire Mondial vient d’annoncer la recrudescence du nombre des enfants souffrant de malnutrition et de sous-nutrition dans le Sud de Madagascar. 2 700 cas graves ont été recensés. Avec le peu d’économie qui leur reste, les habitants partent en exode vers différentes régions de l’île rouge.
Trois Régions australes de Madagascar sont les plus touchées par la famine ou le kere en ce moment : Anosy, Androy et Atsimo Andrefana. Les aides alimentaires ne suffisent plus à nourrir la population. Espérant qu’ils pourront vivre mieux que là-bas dans d’autres villes de Madagascar notamment dans la Région Alaotra-Mangoro et la Région Diana, plusieurs immigrants débarquent dans la capitale avant de se rendre à leurs destinations choisies. Le phénomène d’exode rural se produit ainsi en masse en ce début d’année 2021.
Dans l’espoir de trouver des meilleures conditions de vie
Certains de ces gens venant du Sud de la Grande Ile ont des familles d’accueil dans les villes où ils s’installeront, d’autres partent sans la moindre idée de ce qui les attendent. Une chose est cependant sûre, ils échappent le kere en croyant trouver une activité régénératrice de revenu là où ils vont. La faim ne donne pas raison à l’esprit, et ce peuple n’échappe pas à la règle.
Les conséquences de cette immigration seront généralement menaçantes. D’emblée, cela engendrera une surpopulation dans les zones de débarquement de ces voyageurs. Et pourtant, la pauvreté règne partout à Madagascar, sauf chez les hommes d’affaire et les grands dirigeants du pays. Alors, qu’est-ce que ces immigrants espèrent exactement ? D’abord, ceux qui ne trouveront pas d’emploi vont mener une vie précaire et deviendront des truands ou des cambrioleurs. Ce qui constituera un autre grand problème : l’intensification de l’insécurité sociale. Pire encore, les ressources de la région de destination ne suffiront plus d’ici peu. Et on vivra dans une crise alimentaire généralisée.
Un autre souci, c’est la suite logique de cette arrivée massive des habitants du Sud dans la capitale puis dans leurs villes cibles qui tombe au moment où la pandémie de COVID-19 a repris son souffle. Effectivement, le Ministère de la Santé Publique (MSANP) vient de notifier que le regroupement de plus de 50 personnes et de nouveau interdit en raison de la remontée de l’effectif des cas de coronavirus confirmés. Le respect des gestes et des mesures barrières (utilisation de gel désinfectant, port de masque, désinfection des bus, distanciation sociale) n’est plus de rigueur. D’autres s’intéressent plutôt aux affaires de trafic d’or et les machins qui vont avec. Face à cette évolution ascendante de la courbe épidémiologique du SARS-CoV-2 qui coïncide avec l’atterrissage des immigrants venant d’Androy, d’Anosy et d’Atsimo-Andrefana, les biologistes et tant de citoyens malagasy craignent à un autre vague de coronavirus dans cette plus grande île de l’Océan Indien.

Ils ont parcouru un long périple
La route a été fastidieuse pour ces voyageurs affamés. Ils ont dû être transbordés plusieurs fois entre leurs villages de départ et Antananarivo. De la précarité totale, ils n’ont plus à manger que de l’argile et du tamarin. Cela a été aggravé par le long trajet qu’ils ont dû parcourir, soit dans les 900 km de la capitale. Les résultats, même si ce ne sont pas à court terme, seront catastrophiques si des mesures de prise en charge adéquates ne sont pas prises dans l’immédiat par le gouvernement.
Quelle sera la réaction du Ministère de la Population ? Car celle du MSANP a été déjà connue : l’interdiction de tout regroupement de plus de 50 personnes. Ces nomades ont quasiment faim, ils sont épuisés, ce qui les rend encore plus vulnérables aux diverses maladies, notamment en cette période caniculaire. Il ne faut pas oublier que la prévalence de diverses pathologies (peste, toxi-infections alimentaires collectives ou TIAC, COVID-19, paludisme…) est plus importante en été qu’en hiver.
Nous attendons toujours la réalisation des projets de lutte contre la malnutrition et la sécheresse dans le sud, dont la mise en place d’un pipeline. Espérons que cela ne reste pas une démagogie ou que les travaux seront suspendus aussitôt que l’inauguration de la fondation du chantier est passée. Que la Présidence tienne sa parole, et que d’ici peu, on pourra dire adieu à tous les fléaux socioéconomiques qui dévastent le Sud. Le problème d’insécurité demeure aussi un motif, qui pousse les habitants de ces régions parmi les plus pauvres à Madagascar, à prendre fuite. La résolution de ces situations critiques demande des compétences et une stratégie bien élaborée. Bref, les Malagasy n’ont plus besoin des beaux discours. Acta non verba.
Les statistiques sur l’insécurité alimentaire dans le Sud de Madagascar et le coronavirus dans tout le territoire présentent toutes les deux une hausse alarmante ces derniers jours. Pour se débarrasser de la médiocrité de leur vie, de nombreux immigrants traversent Antananarivo pour pouvoir se rendre dans les Régions au Nord et à l’Est de l’île à la forme du pied gauche. Les répercussions socioéconomiques en seront imminentes si bien que des mesures immédiates doivent être prises par les responsables. Pour le moment, les habitants restant dans la partie australe du pays ne peuvent que lancer incessamment un SOS d’une terre en détresse.
Photo : https://freedom.fr/ (Consulté le 13/01/2021)




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